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L'âge d'or des comics - une mythologie américaine

January 31 2011

On peut grosso modo situer la période que l'on qualifie d'âge d'or des comics des années 30 aux années 50. Cette ère débuterait soit en 1935 (premiers comics proposant des bandes-dessinées originales et non la reprise des strips parus dans la presse), soit en 1938 (première apparition de Superman dans Action Comics #1) et elle se terminerait en 1954 avec la création du Comics Code Authority suite aux manoeuvres du psychiatre Fredric Wertham.

En 1933, dans les pages d'un obscur fanzine, Science Fiction n°3, deux amis d'enfance, Jerry Siegel et Joe Schuster créent Superman qui est à l'origine un savant fou voulant dominer le monde grâce à une armée de surhommes. Mais cette version ne rencontre aucun succès et la formule est plusieurs fois remaniée jusqu'à obtenir le super-héros gentil au collant rouge et bleu et au S emblématique sur la poitrine que nous connaissons. C'est ce Superman là qui séduira le patron de Detective Comics, qui souhaite lancer un nouveau magazine. Pour la petite histoire, beaucoup de spécialistes de la BD estiment que Superman a un précurseur en la personne de Popeye !

C'est dans le numéro 27 de Detective Comics qu'apparait en 1939, le Man-Bat, très vite appelé The Batman crée par Bob Kane et Bill Finger.

Deux firmes vont émerger à cette époque : DC Comics qui lance donc Superman, Batman mais aussi Wonderwoman, Flash ou encore Green Lantern mais aussi Timely Comics, l'ancêtre de Marvel, qui publie pour sa part, la Torche Humaine (qui est un androide à ne pas confondre avec Johnny Storm des 4 Fantastiques, création bien plus tardive, en novembre 1961 de Stan Lee et Jack Kirby), Namor The Submariner et Captain America.

Le plus célèbre de ces héros à l'époque est Captain Marvel (avec son "shazam") tombé totalement dans l'oubli aujourd'hui (et là encore à ne pas confondre avec le Captain Marvel de Marvel, guerrier Kree).

La Seconde Guerre Mondiale va modifier en profondeur le climat de ces comics qui sont alors peu à peu utilisés comme moyen de propagande, Superman et Captain America vont alors botter les fesses aux nazis. L'armée américaine devient le plus gros acheteur de comics. En avril 1942, la marine américaine inclut même les fascicules de Superman dans la liste de ses fournitures prioritaires.

Mais l'industrie des comics va être freinée dans le même temps, certains auteurs sont mobilisés et le papier est rationné.

Il faut également signaler l'existence d'autres genres de comics. Ainsi les funny animals de Disney (Mickey Mouse , Donald Duck et autres animaux anthropomorphes) connaissent un vif succès, de même que Archie, les histoires d'un adolescent obnubilé par les filles !

Mais avec la fin de la guerre, le public va se désintéresser progressiement des super-héros qui lui rappellent alors le temps du conflit. En fait, il faudra attendre 1961 et les créations de Stan "The Man" Lee pour assister à la renaissance du genre superhéroique !

L'âge d'or des comics - une mythologie américaine
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Indignez-vous ! - Stéphane Hessel

January 29 2011

Voici une petite brochure - à peine 30 pages - qui est au coeur d'un battage médiatique et littéraire ! S'agit-il là d'un non -évenement ? Certes, le propos est très court -je le répète à peine 30 pages - et aurait mérité d'être développé !

Stéphane Hessel, 93 ans, ancienne figure de la Résistance à l'occupant nazi et diplomate, responsable avec d'autres de la mise en forme de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme en 1948, prône devant les orientations actuelles du monde la seule attitude à adopter, celle de l'"indignation".

Durant l'ascension des fascismes et la Seconde Guerre Mondiale, les lignes de démarcations étaient assez simples : il s'agissait de s'opposer aux dictatures. De nos jours, les choses sont plus compliquées. Paradoxalement, à l'heure de la surmédiatisation et d'internet, les décryptages des évenements sont plus difficiles en raison des multiples groupes, gouvernements, lobbies, organisations qui interviennent dans la politique et l'économie mondiale. Pourtant, comme le préconisait Sartre, il est plus que jamais temps de s'engager.

Pourquoi s'indigner ? Contre "l'écart grandissant entre les riches et les plus pauvres, l'état de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la course au "toujours plus", à la compétition, la dictature des marchés financiers et jusqu'aux acquis bradés de la Résistance - retraites, Sécurité Sociale..."

Les dix premières années du XXIème siècle ont été assez "mouvementées". Que réserverons les 90 années à venir à ma nièce Marie, à mon neveu Keagan et aux enfants que j'espère, moi auteur de ce billet, avoir un jour ?

Bref Stéphane Hessel prône l'insurrection mais une "insurrection pacifique". en effet, si le terrorisme s'explique par l'oppression, il est un moyen qui desert les causes qu'il représente !

Bref, je suis d'accord avec le pamphlétaire : il est toujours temps de s'indigner. Toutefois, j'aurais bien aimé que Stéphane Hessel approfondisse sa pensée. Il y a cependant de nombreux intellectuels, insurgés contre l'air du temps, qui le font et j'aurais certainement l'occasion de parler d'eux dans de prochains billets !

A bientôt !

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Deuxième Belvédère - André Pieyre de Mandiargues

January 22 2011

Attardons nous un peu sur la série des Belvédère dans l'espoir d'avoir une vue panoramique sur la poésie et la peinture !

Je ne récapitulerais pas ici l'histoire éditoriale de ces ouvrages d'André Pieyre de Mandiargues, écrivain, poète, connu par ailleurs pour ses récits fantastiques et érotiques. Je vais plutôt m'avancer sur le contenu, le rapport entre la poésie et la peinture.

Il y eu cinq Belvédères depuis Le Belvédère jusqu'à L'ultime Belvédère. Ces livres regroupent les articles et les essais de l'auteur. Je m'interesse ici au Deuxième Belvédère dont je viens d'achever la lecture dans le cadre d'un des cours que je suis à l'université.

Pour cet ouvrage, on peut avoir recours à la métaphore architecturale. Si Le Belvédère pouvait être qualifier de palais baroque (et l'on notera le goût de Mandiargues pour le baroque et la maniérisme), ce Deuxième Belvédère ressemble plus à une demeure classique : trois parties dans le livre, une aile principale (la partie sur le Mexique), et deux ailes adjacentes qui viennent se greffer dessus (les écrits sur la poésie et sur la peinture).

Le Belvédère s'achevait sur les préparatifs d'un voyage au Mexique. C'est de ce voyage qu'il est question dans la première partie : "La Nuit de Tehuantepec". Cette nuit est par ailleurs qualifiée de nuit "illuminée" et Mandiargues et sa femme, l'artiste Bona, ont la vision au milieu des ténèbres d'un ange descendu du ciel.

La nuit soutient toute la thématique de ce livre. La partie sur la poèsie évoque des amis poètes -pour la plupart de la seconde génération du surréalisme - trop tôt disparus. Certains se sont suicidés ! Enfin, la troisième et dernière partie de l'ensemble s'attarde sur la peinture. Dans ce domaine, les préférences de l'auteur vont principalement à Max Ernst (évocation de la griffe de Oedipus Rex) et à Dubuffet (cette fois, évocation des Texturologies).

En fait de panorama, ce Deuxième Belvédère revendique des points de vue multiples et partiels. Mandiargues met en avant "sa beauté" et non "la beauté". Tout ressort du subjectif !

Par ailleurs, il montre un goût pour les monstres (ceux que l'on montre dans l'étymologie) et déclare qu'il y à la fois du sublime et de l'horrible dans l'Art. Par ailleurs, pour lui, ce n'est pas tant l'art qui copie la nature mais plutôt l'inverse : songeons aux phasmes (ces insectes en forme de brindilles ou de feuilles) ou encore les caméléons dont l'écrivain faisait l'élevage.

Bref, Mandiargues est selon moi un auteur trop méconnu du grand public qui mériterait de trouver un plus large écho.

A bientôt !

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Journal d'une serveuse de cafétéria - Anne Buisson

January 16 2011

Après avoir parlé de Michel Houellebecq ou d'Emmanuel Carrère, bref des grosses pointures de la non-moins grosse machinerie littéraire, je vais cette fois-ci m'attarder sur quelque chose de plus léger, une écrivaine plus confidentielle mais qui néanmoins sait aussi manier la plume, Anne Buisson et son Journal d'une serveuse de cafétéria.

Ce récit, comme l'indique le titre, se présente sous la forme d'un journal intime qui s'étend sur une année.

Anne est serveuse. Elle travaille alternativement dans l'arrière-cuisine avec le chef ou George le plongeur à préparer les plats ou à laver les assiettes et dans la salle ou elle sert - et observe du même coup - les clients.

Le matin et le soir, elle prend le métro comme des millions d'autres salariés. C'est donc en fait une sorte de chronique du quotidien, de la banalité ambiante, de la médiocrité que la serveuse tente de rompre à coup de petites révoltes, d'ironie ou de rires.

Petit à petit, la serveuse s'englue dans la répétition quotidienne, seulement interrompue par les congés des uns ou des autres, les arrêts maladies, les venues d'intérimaires ou les contrôles sanitaire.

Parmi les désagréments quotidiens, il y a les blagues grasses des clients et les salissures sur les assiettes, les restes de nourritures qui provoquent des hauts-le-coeur à la narratrice.

Ce livre se lit assez vite car il fait moins de 80 pages très aérées. Ecrit dans un style sobre, il a le mérite de pouvoir être assimilé à une sorte de témoignage du quotidien. Et oui, la littérature, ce ne sont pas seulement des aventuriers qui sauvent le monde, c'est aussi la description du quotidien dans ses gestes les plus simples, bref la réalité dans tous ses aspects, fantasmés ou quotidiens et vécus.

A bientôt !

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Emmanuel Carrère

January 13 2011 Published on #Littérature XXIème, #Coups de coeur

Faisons encore une incursion dans la littérature contemporaine avec Emmanuel Carrère.

A l'heure où les préférences des auteurs vont à l'autofiction, se mettant eux-même en scène dans des aventures imaginaires, Emmanuel Carrère, après avoir lui-même un temps pratiqué le roman (La Moustache, La Classe de neige...), explore le récit autobiographique depuis L'Adversaire.

Emmanuel Carrère est le fils d'Hélène Carrère d'Encausse, soviétologue et académicienne. Il est ancien étudiant à Sciences-Po puis débute sa carrière dans la critique de cinéma pour Positif et Télérama.

En 1983, il publie son premier roman, l'Amie du jaguar chez Flammarion avant de passer chez P.O.L (qui demeure son éditeur à ce jour) avec Bravoure en 1984. Il garde un contact avec le monde de l'audiovisuel et s'occupant de scénarios pour la télévision notamment Léon Morin, prêtre. Certains de ses récits seront adaptés au cinéma notamment L'Adversaire en 2002 par Nicole Garcia avec Daniel Auteuil, le documentaire Retour à Kotelnitch en 2003 dont il est question dans Un roman russe et il réalise lui-même La Moustache en 2005.

Cet écrivain est souvent perçu par la critique comme un auteur narcissique et pessimiste. Il y a en effet chez lui une angoisse intérieure qu'il évoque dans ces récits. On s’intéressera ici à ses trois derniers livres : L'Adversaire (2000), Un roman russe (2007) et D'autres vies que la mienne (2009), récits dont les évènements se suivent dans le temps et qui marquent une montée en puissance de la maitrise de l'auteur.

L'Adversaire s'intéresse au cas de Jean-Claude Romand, inquiétant et énigmatique protagoniste d'un drame familial qui a défrayé la chronique en janvier 1993. Mythomane invétéré, celui-ci s'était inventé une vie de médecin et acculé par ses mensonges a fini par assassiner les siens. Carrère retrace et tente de comprendre le parcours de ce criminel sans pour autant l'excuser. Un voyage au fond de la noirceur de l'âme humaine !

Un roman russe débute par une enquête pour le magazine Envoyé spécial. Carrère se voit confier une enquête sur le dernier des prisonniers hongrois de la Seconde Guerre Mondiale, resté 55 ans en Russie dans un asile psychiatrique à Kotelnich. Partant de là, l'écrivain va revisiter ses origines russes, l'histoire de son grand-père maternel, collaborateur durant l'Occupation. Parallèlement, on trouve aussi un récit érotique dans cet ouvrage au coeur de la relation sentimentale entre Carrère et sa compagne de l'époque, Sophie.

Enfin, D'autres vies que la mienne, au sujet duquel les critiques sont unanimes pour dire que c'est un succès se penche sur le travail de deuil : victimes du tsunami de 2004, mort du cancer de la belle-sœur de Carrère. L'auteur marque enfin son ouverture aux autres et apaise un peu l'angoisse qui le tient au corps.

Bref, j'avoue que j'ai une préférence pour les ouvrages de cet écrivain que je préfère à beaucoup d'autres de ses contemporains. Même si son œuvre est résolument sombre, ses dernières évolutions montrent un regain d'optimiste. Une lecture a recommander !

A bientôt pour une nouvelle chronique !

Emmanuel Carrère
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Invisible - Paul Auster

January 5 2011

Voici un roman étrange de Paul Auster au sujet duquel on n'aura pas le dernier mot.

En effet, parce qu'il met en scène successivement plusieurs narrateurs et que la plupart de ceux-ci font partie de ce que l'on appelle en théorie littéraire, des "narrateurs non-fiables", on peut dire qu'il y a autant de lectures possibles, de receptions envisageables d'Invisible qu'il y a de lecteurs.

Invisible bouscule les repères de la fiction.

Au départ, il y a le personnage d'Adam Walker, jeune étudiant en littérature à l'université de Columbia, en 1967. Celui-ci va faire la connaissance de Rudolf Born, un être mystérieux et malsain et sa compagne du moment, l'énigmatique et torturée Margot. Ces deux derniers personnages sont des français expatriés.

Born va entrainer Walker dans un meurtre puis prendre la fuite. Ce roman est en effet un roman de la disparition et de la fuite tout autant qu'un roman d'initiation.

De nos jours, mourrant, Adam Walker adresse un tapuscrit relatant les évènements le concernant lui et Born à son ami d'université devenu écrivain, James - Jim - Freeman (avatar de Paul Auster ?) pour qu'il mette en forme le récit. Puis il lui adresse un second tapuscrit très transgressif et dérangeant puisqu'il ne décrit pas moins qu'un inceste !

Le troisième et ultime tapuscrit décrit comment Walker essaie de faite capoter, en guise de vengeance, le mariage de Born avec une française dont le mari est dans le coma suite à un accident de voiture. Adam Walker fait alors la connaissance de Cécile, la future-belle fille de Born. Mais là encore, il sera contraint à prendre la fuite. Victime de machination de Born qui pourrait bien être un espion. Réalité ou fantasme? Fiction ?

La surprise finale vient quand le lecteur apprend que le récit d'inceste consenti entre Adam Walker et Gwyn sa soeur ne relevait que du fantasme. Selon les dires de celle-ci, il ne s'est jamais rien passé. Là encore qui croire ? Les répères de la ficiton sont bousculés une fois de plus.

Le roman s'achève sur la retranscription du journal intime de Claire Juin dans lequel on apprend qu'elle a revu Born quarante ans plus tard, que le mariage avec sa mère ne s'est jamais fait et que Born sous couvert de sa fiction a suggéré qu'il pourrait être l''auteur de l'accident du père de Claire . Personnage malsain donc et nouvelle séquence d'indécision dans le récit !

Voici donc un texte qui sous couvert de fiction tient un discours métatextuel, précisément sur le statut et les mécanismes de la fiction.

Un Paul Auster de bon cru !

A bientôt !

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